Rencontre au Village des Pruniers (Marc Puissant)


L’éclair d’un instant,
il sût qu’il était arrivé.
Il sût qu’il était chez lui
dans sa vraie famille .
La porte s’était ouverte soudain,
comme ça , tout simplement.


Les paroles de Thay (Thich Nhat Hanh ) parlant du Dharma avaient réveillé en lui un écho insoupçonné, et de ce feu qui couvait depuis longtemps déjà , les flammes ont jailli soudain et tout est devenu lumineux. C’était un matin d’été début août 1996.
Tout cela arrivait si simplement. Tous les doutes et les résistances de ces dernières années concernant la philosophie bouddhiste s’évanouirent , ainsi que toutes les questions métaphysiques.

Ce fut en fait plutôt une grande caresse d’amour qu’un éclair bouleversant. Ce fut un grand silence vibrant , un bien-être ample et serein qui le pénétrait . Il se sentait unifié , en ordre , posé à sa juste place .
Et tout à coup des larmes de joie , de bonheur se mirent à couler et qu’il n’arrêta point tant elles étaient apaisantes et bienfaisantes . Et son coeur se dilata comme jamais.
Il découvrait alors en lui des espaces inconnus , des  lieux ignorés aux dimensions du souffle retrouvé . Le souffle qui l’emplissait et le berçait dans un long va et vient tranquille semblable aux vagues sur la plage les soirs d’été .
Ce fut beaucoup plus que les instants de bien être éprouvés parfois dans les moments privilégiés de ces dernières années.

Qu’en dire ? c’était de la joie , du bonheur , de la jouissance , de la jubilation,  En y repensant après coup , il ne savait quel mot utiliser pour traduire justement cette extraordinaire sensation d’être , d’être là présent dans la présence de ... ....Présence vivante ,  Présence aimante au plus profond de lui.

Oui ,il se sentait aimé , accueilli , reconnu , immergé dans un bain de tendresse bienveillante. il se vivait habité, ou plutôt il s’habitait comme jamais , jusqu’aux confins de ce nouvel espace- temps arrêté et densifié , suspendu dans le temps qui défilait toujours au son des paroles de Thay qu’il entendait distinctement et qui pénétraient directement en lui sans aucun effort de compréhension de sa part .


Dans le même temps qu’il découvrait sa nouvelle demeure ,il s’aimait et se savourait dans toutes les fibres de son corps , de son coeur , de son être .
Il se savait relié , en reliance avec... avec lui -même, avec « l’Autre en lui »  , avec les autres , toutes les soeurs et les frères présents ici , mais aussi avec tous les siens vivants et morts, les ancêtres , les amis , tous les hommes  , femmes et enfants du monde , tout le vivant du monde, le ciel et la terre ...Tout cela dans une immense symphonie d’amour et de communion.

Silence vibrant , musique du silence aux tympans réveillés , musique du souffle retrouvé , offert . Et cette paix ! , et ces larmes de gratitude !
Pour la première fois , il s’était retrouvé , il s’était posé là dans ce qu’il savait être sa vraie demeure. Et tout était tellement simple et naturel .

Il comprit alors qu’il n’y avait rien à chercher ou à vouloir trouver ailleurs , mais simplement se mettre en situation de se laisser rencontrer ,de se laisser trouver, étonner , surprendre , émerveiller par ce qui ,depuis toujours , était déjà présent en lui ,et qui cherchait à se dire .


Le cadeau lui était offert,  et il s’offrait ce cadeau
Et la source jaillissait féconde et abondante
Et le puits offrait son eau vive.
Il avait rencontré son ermite.
Et son coeur exultait et chantait d’allégresse.
Cette joie , cet amour il voulait les dire , les crier au monde entier.
Alors il rendit grâce à la Vie
A Jésus le guérisseur qui l’avait mis en route,
Au Bouddha qui l’avait accueilli  et ouvert à lui- même ce matin,
A tous ceux et celles qui l’avaient aidés et accompagnés sur le chemin.


Et je sus à cet instant
que ce moment béni
qui serait inévitablement estompé
Par le retour à la vie quotidienne
Resterait toujours comme un phare dans la nuit
Comme une empreinte indélébile au coeur de mon être,
Le signe , la preuve de la rencontre.
Rien désormais ne serait plus comme avant
sur le chemin de la Vie
de la transformation
de la compréhension
et de l’amour.




Marc Puissant ( août 1996)

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